Visions du Grand Paris -  Séminaire "Gérer les réseaux, entre intégration et proximité" - Paris Métropole

Ce cinquième séminaire de travail qui s’est tenu le 6 octobre à Paris Métropole s’est penché sur la gestion des réseaux techniques dans l’espace métropolitain et leur organisation déstabilisée par la métropolisation.

Les réseaux et la construction métropolitaine : une histoire paradoxale

Les réseaux ont historiquement constitué un puissant levier pour l’intégration de l’agglomération parisienne. A l’inverse, pendant longtemps, ils ont rendu moins nécessaire une gouvernance politique intégrée. Aujourd’hui, la construction institutionnelle de la métropole pose dans des termes inédits la question de l’avenir de ces réseaux : doivent-ils être réorganisés à cette échelle, autant sur les compétences que sur les opérateurs ?

« Si le débat métropolitain est intervenu si tardivement ici, c’est justement parce que les réseaux étaient très intégrés. »  (Simon Ronai, Orgeco)

Une organisation à géométrie variable en réponse à l’équité

Il y a sur le Grand Paris autant de géographies des réseaux que de réseaux. Ces derniers ne sont pas équivalents et ne répondent pas aux mêmes impératifs techniques ni aux mêmes modèles économiques.

La question de leur rationnalisation se pose aujourd’hui dans la construction institutionnelle de la métropole même si l’interconnexion des réseaux à l’échelle métropolitaine ne constitue pas la solution unique :

  • Du point de vue de l’offre, une organisation territoriale à géométrie variable devrait probablement perdurer. La construction métropolitaine n’implique pas une intégration mécanique des échelles.
  • Du point de vue de l’usager, la question de l’équité territoriale se pose face aux disparités de l’offre qui perdurent en termes de tarifs et de qualité de service.
    Elle va probablement être renouvelée par l’intégration métropolitaine. Peut-on appartenir au Grand Paris sans bénéficier de prestations équivalentes ?

A titre d’exemple, la couverture à haut débit pose un problème d’équité non seulement à la périphérie de l’agglomération, mais en son coeur, avec les importantes zones pavillonnaires de la première couronne. 

« La géothermie profonde ne peut se faire à une échelle trop intégrée. Plus on rallonge le tuyau, plus on augmente le risque. »  (Christian Hervy, maire honoraire de Chevilly – Larue)

« Beaucoup de sujets relevant de la « smart city » se règlent au niveau du quartier, le passage à l’échelle supérieur n’est sollicité que pour des besoins techniques » (Clément Fourchy, ESPELIA Conseil)

« Si le plaidoyer pour la gestion locale est compréhensible, une question reste centrale : comment assurer une qualité de services et des prix de services équitables pour tous les grands parisiens ? Comment veiller à ce que l’harmonisation des tarifs ne se fasse pas par le haut ? »  (Gérard Lacoste)

« Le législateur a traité l’ensemble de la métropole comme un territoire dense. Hors dans certains quartiers pavillonnaires, les opérateurs privés rechignent à venir. Les zones peu denses sont vues comme peu rentables et nous avons des inquiétudes sur la complétude des couvertures. »  (Emmanuel Passilly, Caisse des Dépôts et Consignations)

Les réseaux face aux mutations métropolitaines

Toujours plus métropolitains, toujours plus « hyper-locaux » : le grand écart des réseaux
La métropolisation génère deux dynamiques paradoxales: d’un côté, elle invite à concevoir et organiser des réseaux de plus en plus intégrés et à grande échelle (comme le Grand Paris Express). Mais simultanément, elle doit répondre à des besoins à l’échelle « hyper locale ». Dans cette logique, les initiatives autour des «smart cities» se développent toutes à l’échelle du quartier. Dans le cas des transports, ces deux dynamiques sont complémentaires : le réseau GPE et les boucles locales multimodales sont en continuité. Mais il n’en est pas toujours ainsi.

Le modèle des syndicats opérateurs face aux enjeux d’innovation
Le modèle actuel des réseaux techniques est organisé de façon spécifique en Ilede-France autour de ces grands syndicats opérateurs, conjuguant prédominance du public, organisation à grande maille et spécialisation sectorielle. Ce modèle peut-il évoluer pour prendre en compte les innovations permanentes qui émanent principalement de la société et de la sphère privée ? On note dès à présent des recompositions et des élargissements de sphères d’intervention.

Quels nouveaux réseaux intégrateurs?
En situation métropolitaine, de nouveaux enjeux d’organisation et de gestion de réseaux «inter-scalaires» apparaissent. Ainsi, autour du numérique si la question de l’organisation de la desserte (THD) est aujourd’hui clairement identifi ée, il n’en est pas de même du côté de la production et du stockage de données. De même, la question de l’alimentation de la métropole émerge comme enjeu de gestion de réseau, au sens d’une mise en système production/ consommation. Or cette question n’est pas réductible à la logique hyper locale de l’incitation au développement de l’agriculture urbaine. Elle pose notamment des questions d’organisation foncière et de distribution comme le montre l’évolution du rôle du marché de Rungis par exemple.

« D’une compétence distribution / fourniture d’électricité, le SIPPEREC a évolué vers une palette de métier : aménagement numérique, développement des énergies renouvelables (photovoltaïque) et depuis 2014 développement de la compétence géothermie profonde, en partenariat avec l’ADEME.»  (Laurent Georges, Directeur général du SIPPEREC)

« La géographie des Datacenters ne fait l’objet d’aucune régulation publique »  (Emmanuel Passilly, Caisse des Dépôts et Consignations)

«On recense 300 maraîchers sur le territoire, il en faudrait 8 000 pour nourrir la métropole »  (J-B Schweiger, SAFER IDF)

 

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